A Moscou, Fanny Ardant déclare sa flamme à la littérature russe

Par Julian Colling

L’actrice et réalisatrice Fanny Ardant est aussi une grande lectrice. Très appréciée en Russie, l'artiste est aujourd'hui la marraine de l’Année franco-russe des langues et des littératures en 2018, un événement qu'elle est venue présenter à l’Institut français de Russie, à Moscou.


Fanny Ardant, à l'Institut français de Russie, à Moscou, le 24 janvier 2018 (Photo Kseniya Yablonskaya)

« Un livre, c’est comme une bouteille à la mer, ça fait gagner du temps entre deux pays ». C’est par ces allégories que Fanny Ardant résumait, mercredi 24 janvier 2018 à Moscou, son amour de la littérature, de toutes les littératures. De la littérature russe sans doute encore davantage.

Qui de mieux que la réalisatrice du récent Divan de Staline (projeté au cinéma Pioner le vendredi 26 janvier 2018 et que Fanny Ardant était venue présenter en 2017 avec Gérard Depardieu), pour incarner ce pont entre deux pays de culture et de littérature ?

« J’ai aimé la Russie très tôt, à quinze ans », raconte l’actrice, très appréciée au pays de Tolstoï et de Tarkovski, alors que s'ouvre une conférence de presse à l’Institut français de Russie, à Moscou. « On pourrait se dire que dès qu’on aime un livre, on aime sa contrée d’origine. A cet âge, on n’a pas encore la culture, mais on aime. Depuis, je me suis toujours intéressée à la littérature russe… Même si mon amour pour la Russie reste obscur, romanesque ! »


Fanny Ardant, à l'Institut français de Russie, à Moscou, le 24 janvier 2018 (Photo Kseniya Yablonskaya)

Pour Ardant, la Russie incarne une particularité, une boussole littéraire. Un pays qui a traversé sous le communisme une période intéressante sur le plan culturel, parce que privé de libertés. Les écrivains et les livres y avaient ainsi pris une plus grande place.

« L’écriture est un état de sauvagerie, un état dans l’Etat. Les écrivains sont comme des barbares, et j’aime les barbares. » (Fanny Ardant)
« La sortie de Vie et destin de Vassili Grossman, que j’aime beaucoup, c’était une bouteille à la mer qui arrivait jusqu’à nous en France », se souvient-elle. « J’ai aussi adoré la poésie russe, alors que son pendant français m’ennuyait. Elle sortait de son côté parfois lénifiant, joli, pour reprendre ses lettres de noblesse. C’était de la résistance, les poètes russes représentaient ce qu’on ne pouvait pas tuer. L’écriture est un état de sauvagerie, un état dans l’Etat. Les écrivains sont comme des barbares, et j’aime les barbares. »


Fanny Ardant, à l'Institut français de Russie, à Moscou, le 24 janvier 2018 (Photo Kseniya Yablonskaya)
 

La venue de la comédienne de 68 ans à l’Institut français, entourée notamment de l’ambassadrice de France en Russie Sylvie Bermann et du directeur de l’institut et conseiller culturel à l’ambassade Olivier Guillaume, est le premier d’une longue série d’échanges et de rencontres littéraires entre la France et la Russie.

2018 sera en effet une année commune des langues et des littératures, qui sera officiellement inaugurée en mars prochain lors du Salon du Livre de Paris (16-19 mars), dont la Russie est l’invitée d’honneur. Parallèlement aura lieu en Russie la Fête de la francophonie, pour laquelle de nombreux auteurs français, certains parmi les plus en vue du moment, ont d’ores et déjà assuré de leur présence. A Paris, ce seront 30 maisons d’édition russes qui seront représentées.


Fanny Ardant, au cinéma Pioner à Moscou le 26 janvier 2018, lors de la projection de son film Le Divan de Staline (Photo Kseniya Yablonskaya)

Au lendemain de son intervention à l'Institut français, jeudi 25 janvier, Fanny Ardant rencontrait d’ailleurs, en toute intimité, des auteurs russes contemporains. « Récemment j’ai aimé L’Archipel des Solovski de Prilepine, Volia Volnaïa de Victor Remizov, Mes treize oncles d’Otrochenko ou encore Zouleikha ouvre les yeux, de l’écrivaine tatare Gouzel Iakhina », confie-t-elle, les yeux grands ouverts.

Et de conclure : « ce qui réunit le plus les nationalités, c’est le roman. L’imaginaire, savoir raconter une histoire.»


Fanny Ardant, à l'Institut français de Russie, à Moscou, le 24 janvier 2018 (Photo Kseniya Yablonskaya)

L’année franco-russe des langues et des littératures : un programme alléchant
Déjà invitée d’honneur du Salon du Livre de Paris en 2005, la Russie double donc la mise avec cette année (16-19 mars) un sujet central : la deuxième vague d’immigration russe en France dans les années 1920-30.

Ce seront donc quelque 30 éditeurs russes qui seront invités à la Porte de Versailles, pour environ 1 500 nouvelles éditions présentées. Dans un même temps, toujours dans le cadre de cette année franco-russe, de prestigieux auteurs de langue française feront le voyage dans le sens inverse. Jugez plutôt : Moscou attend Leïla Slimani (Prix Goncourt 2016), Mathias Enard (Goncourt 2015, Gaël Faye (Goncourt des lycéens), Agnès Martin Lugand, Riad Sattouf, Nathalie Azoulai, Eric Reinhardt, Mathias Enard, Philippe Claudel, Christine Jordis, Laurent Binet ou encore Bernard Pivot… Maylis de Kerangal assistera par ailleurs à une pièce de théâtre en russe basée sur son best-seller, Réparer les vivants. Enfin, année de Coupe du monde de football oblige, Jean-Paul Delfino viendra parler littérature et football.


Sylvie Bermann, ​ambassadrice de France en Russie, ici à l'Institut français de Russie à Moscou le 24 janvier 2018 (Photo Kseniya Yablonskaya)

De nombreux autres événements - ateliers, débats, rencontres - auront lieu dans la capitale et dans différentes villes de Russie en partenariat avec les alliances françaises. Le programme complet sera à retrouver au fur à mesure sur le site de l’ambassade de France à Moscou.