Les Dakh Daughters débarquent à Peter

Par La Dame de Pique

Les Dakh Daugthers seront à Saint-Pétersbourg pour deux concerts sur la nouvelle scène du théâtre Kamenoostrovskii les 16 et 17 avril. Avant de quitter la capitale ukrainienne, dans leur QG - le théâtre Dakh de la rue Krasnoarmeyskaya à Kiev, elles nous ont confié leurs secrets de fabrication mais aussi expliqué le regard qu'elles portent sur la toute dernière révolution ukrainienne, révolution hautement culturelle.

LDDP : Comment est né le groupe?

Dakh Daugthers : Le groupe est né il y a un an et demi. Notre nom, « Dakh Daughters », vient d'un autre nom, celui du théâtre Dakh à Kiev, où notre troupe évolue depuis dix ans. Même si le groupe est jeune, il s'appuie donc sur un travail vieux d'une décennie.

LDDP : Dans vos spectacles, on retrouve du théâtre, de la musique, de la danse... Quelles ont été vos principales influences ?

DD : La dernière œuvre à nous avoir inspiré est le dernier film de Jim Jarmusch (Only Lovers Left Alive, ndlr). Grâce à ces dix années de travail avec la troupe, on a un background assez important, un background aussi bien théâtral que musical. On a fait plus de 1 000 spectacles, que ce soit dans un registre classique ou du spectacle de rue. Tout a commencé pour le groupe quand notre metteur en scène a souhaité avoir de vrais musiciens dans ses spectacles. Les comédiens se sont mis à apprendre à jouer de divers instruments. Deux d'entre nous ont étudié au conservatoire, pour les autres, elles ont appris la musique au fil des années et des spectacles au sein de ce théâtre.

LDDP : Comment travaillez-vous vos compositions ? Toutes ensemble ou chacune de votre côté ?

DD : En fait, chacune vient avec ses idées. Ensuite nous essayons de les mettre ensemble. Là intervient notre directeur artistique. C'est lui qui met vraiment en forme ses idées ou fixe nos improvisations.

LDDP : Vous considérez vous comme des artistes engagées ?

DD : Nous militons pour la défense des droits et des libertés de notre peuple. Et si ça touche un peu à la politique, ce n'est pas très grave. Même si nous ne sommes pas politiquement engagées, nous sommes sensibles à ce qui passe actuellement en Ukraine.

LDDP : Quel regard portez-vous sur cette situation de crise ?

DD : Les événements récents nous ont beaucoup touché. Nous sommes toutes allées sur Maïdan, que ce soit en tant que citoyenne ou en tant qu'artiste. Il y a certes des dégâts physiques et psychologiques à déplorer. Le point positif est que cela a donné une excellente impulsion au développement du milieu artistique ukrainien. Et cela nous a donné envie de travailler encore davantage.

LDDP : Les révolutions favorisent l'émergence de grands talents artistiques...

DD : En fait, on a senti cette effervescence artistique il y a 10 ans déjà. On a fait notre possible pour que nous et les autres artistes ukrainiens puissions nous épanouir le moment venu. Et tout ce qui s'est passé pendant la révolution est le fruit d'un travail de plusieurs années. Maïdan est le sommet visible d'une montagne. Nous prouvons aujourd'hui que nous avons des choses authentiques, originales, inédites et d'une grande qualité artistique en Ukraine. La révolution est un énorme moteur pour le milieu culturel contemporain ukrainien. Et l'art de « résistance », comme on peut l'appeler actuellement, est toujours plus puissant, plus solide.

LDDP : C'est une réussite d'un point de vue artistique. Et d'un point de vue politique ? Rien à regretter ?

DD : Tout d'abord, c'est un succès pour la société civile qui vient d'émerger. Pour la politique, on verra plus tard. Chacune d'entre nous reste aujourd'hui engagée pour faire avancer les choses en tant que citoyenne.

LDDP : Que préparez-vous pour ces deux concerts à Saint-Pétersbourg, les 16 et 17 avril ?

DD : Il s'agit en fait d'une collaboration pour un spectacle ouvert à plusieurs artistes intitulé : « Le Soldat et le Diable ». En première partie, nous jouerons nos morceaux à la manière de Stravinski. En seconde partie, nous donnerons un concert avec nos compositions originales1.

LDDP : En tant qu'artistes ukrainiennes engagées, vous pensez qu'il faut continuer à vous produire en Russie?

DD : Bien sûr. On doit continuer à aller à Moscou et plus largement en Russie pour essayer de diffuser un message de paix. Entre nous, on appelle ce genre de concert des « grenades de paix ». En gros, on va chez les occupants. Et l'idée n'est pas de les ignorer ou de les traiter comme des idiots. Lors de nos différentes venues en Russie, nous avons rencontré beaucoup de gens qui disent avoir honte de ce qui arrive. On veut aller les soutenir. Par ailleurs, nous jouerons en France cet été, en Bretagne. Nous serons au festival des Vieilles Charrues le 18 juillet. 

1 Les 16 et 17 avril au théâtre Kamenoostrovskii (13 plochad Starovo teatra, Saint-Pétersbourg) à 19 h. Billets disponibles sur le site du théâtre (500 RUB).