Société

Delanoë le Russe

Par CLAIRE BARROIS

Ce vendredi 18 octobre, Bertrand Delanoë s’est rendu à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de Paris. Sur place, le maire de la capitale a visité l’église et assuré de son soutien les croyants russes, faisant resurgir contre toute attente des souvenirs d'enfance russophones.

Ce matin-là, les prêtres, les étudiants et les amis de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de la rue de Crimée (19e arrondissement de Paris) attendaient monsieur le maire de pied ferme. Alors que la campagne pour les élections municipales de mars 2014 a déjà commencé, Bertrand Delanoë a consacré un peu de son temps à une visite de l’église et à ses habitués.

Une enfance marquée par la Russie

« La Russie et la religion orthodoxe sont très présentes dans mes souvenirs d’enfance », confie le maire de Paris qui a grandi à Bizerte, en Tunisie. Là, des marins de l’escadre russe de la mer Noire s’étaient réfugiés. Restés fidèles à la marine impériale, ils ont fui la Crimée en 1920, lorsque leur insurrection a été écrasée par les Bolchéviques. Après avoir séjourné à Constantinople, ils se sont installés à Bizerte. Et ont apporté avec eux leur histoire et leurs traditions.

Aujourd’hui athée, après avoir reçu une éducation catholique, Bertrand Delanoë affirme qu’en ayant été « élevé dans une terre qui a accueilli beaucoup de Russes, [il a] reçu leur culture et leur foi. » Au terme de ses deux mandats, il espère avoir fait de Paris une terre où, comme à Bizerte, « les spiritualités se respectent et s’encouragent pour nous rendre tous plus intelligents ».

Dans l'ombre de Delanoë, Anastasia Chirinsky

« Cette visite a un sens particulier pour moi, ajoute-t-il. Je suis resté très lié toute ma vie à une amie de ma mère, Anastasia Chirinsky, qui n’a cessé d’insister pour que je vienne vous rendre visite, et me voilà enfin. » Cette amie, décédée en 2009, a guidé le maire dans ses choix depuis son enfance. « De manière douce, mais ferme », glisse-t-il en souriant.

Au-delà de son histoire personnelle, le maire de Paris est convaincu de l’importance du maintien des orthodoxes russes dans la capitale. « Les orthodoxes ont une voix moins importante en France, mais elle est importante, insiste-t-il. C’est dans la diversité que se façonne une civilisation et nous devons la construire ensemble. »

Une gratitude appuyée pour la France

L’institut Saint-Serge, fondé en 1925, enseigne la théologie orthodoxe. C’est la seule école de ce type dans tout le monde francophone. Elle prône une ouverture œcuménique qu’elle applique en accueillant des étudiants venus de Russie, d’Ethiopie, d’Egypte ou même d’Indonésie. Mais surtout, c’est le seul lieu en Europe où, sous l’URSS, les prêtres russes ont pu continuer à recevoir une formation.

Pour son doyen, Nicolas Ozoline, la France, en tant que « pays de la liberté », a fait « preuve d’ouverture pour la sauvegarde de la culture et du patrimoine russe. Je suis fier d'y fêter le 17e centenaire de l’édit de Milan qui a offert à chacun la possibilité de croire en son Dieu ».

Au départ, l’école n’accueille que des Russes, puis à partir de la Seconde Guerre Mondiale, elle offre une formation à de nombreux Coptes venus d’Egypte ou de Syrie. « L’Institut Saint-Serge est connu dans le monde entier comme l’école qui a permis de maintenir la tradition de la théologie orthodoxe russe après le cataclysme de 1917, explique le métropolite Emmanuel. Le patriarche d’Antioche a étudié ici. Aujourd’hui le monde n’est plus le même, mais Saint-Serge est toujours le porte-parole de l’orthodoxie face au christianisme occidental. »

Après avoir visité l’église, la bibliothèque et les salles de cours de l’Institut, Bertrand Delanoë a réaffirmé le soutien de la mairie de Paris à un lieu « de sérénité intellectuelle et de modestie », avant de conclure : « Paris est aussi une plus belle ville grâce à vous. »