Scène

I am Gagarin

Par CAROLINE GAUJARD-LARSON

Il y a 25 ans, en décembre 1991, avaient lieu en l'espace de seulement deux semaines l'effondrement de l'URSS et la toute première rave party russe : la Gagarin Party, aujourd'hui portée à l'écran par la réalisatrice Olga Darfy. Retour sur une soirée électro mémorable qui a marqué à vie toute une génération.

Décembre 1991. Au début du mois, le 8 décembre très exactement, le traité de Minsk est signé, qui entérine la dissolution du bloc soviétique. Six jours plus tard, un événement musical et sociétal va marquer toute une génération : c’est la première grande rave party organisée en Russie, à Moscou. À cette époque, Olga Darfy a 20 ans. Originaire de Saint-Pétersbourg, elle est installée depuis quelques années à Moscou. Le 14 décembre 1991, la jeune femme va vivre cette nuit folle pendant laquelle tout est enfin permis : la Gagarin Party.

Pourquoi Gagarine ? Parce que cette rave monumentale se tient dans le parc VDNX de Moscou, en plein musée de l’espace, le pavillon Cosmos, sorte de temple à la gloire des cosmonautes et bien sûr du premier homme dans l’espace Yuri Gagarine. Aujourd’hui, Olga Darfy est réalisatrice, et elle a décidé, en appelant à témoigner ses amis de l’époque (beaucoup d’artistes, de musiciens) de baser un documentaire sur cette histoire, un documentaire intitulé pour la version française, Moi, Gagarine (coproduction franco-russe), en référence au nom de la soirée électro.

«  Ce pavillon Cosmos, c’était le bâtiment principal de VDNX, parce qu’à l’époque soviétique, l’espace avait une signification très importante », raconte Olga Darfy. « Soudain, dans ce pavillon, des jeunes gens d’une vingtaine d’années ont organisé une rave party, le tout au milieu d’objets de l’espace, détaille Olga. Il y avait même la fusée avec laquelle Gagarine a volé dans l’espace, il y avait le tout premier satellite, et là donc, au milieu de tout ce matériel aérospatial, des gens habillés très bizarrement se sont mis à danser. On entendait de la musique étrange, par exemple moi, c’était la première fois de ma vie que j’entendais ça. J’étais vraiment fascinée par ce rythme et cette énergie. »

Un Français derrière les platines de la Gagarin Party
Derrière les platines cette nuit-là, des DJ russes et… un Français. Un DJ français qui, à l’époque, a déjà commencé à s’exporter. Il est invité par les organisateurs russes pour la Gagarin Party. Lui aussi parle d’une « parenthèse incroyable », le temps d’une nuit. Il s’appelle Joachim Garraud et vit aujourd’hui en Californie. C’est avec grand plaisir qu’il se remémore cette première rave moscovite : « en décembre 1991, dit-il, j’ai été contacté par un promoteur russe qui organisait la première rave officielle à Moscou. C’est ainsi que je me suis retrouvé à la Gagarin party à Moscou dans le pavillon Cosmos. Ça a été pour moi un choc incroyable. Les moyens techniques venaient d’Allemagne car il n’y avait absolument rien à l’époque en Russie pour produire un tel événement. Je garde une vision assez incroyable de gens torse nu, alors qu’il fait -23 degrés dehors. Je me suis retrouvé au milieu de tout ça à faire danser des Russes. Je garde un petit souvenir attendri du moment où l’on m’a présenté dans la loge un invité de choix qui était l’un des accompagnants de Yuri Gagarine sur la mission Gagarine. Et après je suis allée aux platines et j’ai joué, pendant deux heures à peu près, j’en garde un très bon souvenir. »


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Joachim Garraud revient régulièrement jouer en Russie depuis 1991. Evidemment, la scène électro que l’on y trouve aujourd’hui a bien changé. Selon le producteur et DJ français, « on trouve disons deux sortes de soirées plutôt bien distinctes, des soirées très VIP dans des clubs assez semblables à ce que l’on peut voir en Europe de l’Ouest et puis par ailleurs des soirées de clubbers plus underground. » Dans le documentaire d’Olga Darfy, sur les écrans en 2017, c’est la fusion de ces deux publics qu’il nous est donné de revivre. Ce vent de liberté un peu fou, cette plongée dans l’inconnu, qui laissait penser que tout était possible.

Le documentaire Moi, Gagarine est en post-production, vous pouvez soutenir l’équipe du film ici dans sa phase finale de réalisation via un site de financement participatif jusqu'au 23 décembre 2016 !