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Journal de la quarantaine

Par Kseniya Yablonskaya
Journal de la quarantaine, 19 mars 2020, Jour 1 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine,19 mars 2020, Jour 1.

Le confinement n'est pas encore décrété à Moscou mais j'ai pris les devants. 
Journal de la quarantaine, 20 mars 2020, Jour 2 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 20 mars 2020, Jour 2.

Le printemps est à nos portes, c'est une certitude. Pandémie ou pas, quelques travailleurs originaires d'Asie centrale sont occupés à tailler les arbres au pied de mon immeuble.

Journal de la quarantaine, 21 mars 2020, Jour 3 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 21 mars 2020, Jour 3.

Ça y est c'est le printemps. Pour fêter ça, ma copine et moi prenons l'apéro avec notre amie Masha via un appel vidéo Facebook. Masha vit à Ekaterinbourg, la capitale de l'Oural, donc c'est à peu près la seule occasion de trinquer ensemble. Vive le confinement... Et puis si on s'engueule, il suffit de se déconnecter.

Journal de la quarantaine, 22 mars 2020, Jour 4 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 22 mars 2020, Jour 4.

Toujours pas de mesures obligeant la population au confinement à Moscou. Demain peut-être? Aujourd'hui, je me risque à sortir de ma retraite le temps d'aller chercher quelques bonbonnes d'eau minérale au supermarché quelques centaines de mètres plus loin. Sitôt franchi le pas de ma porte d'immeuble, je m'aperçois que les recommandations en matière de distanciation sociale sont néanmoins observées.

Journal de la quarantaine, 23 mars 2020, Jour 5 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 23 mars 2020, Jour 5.

Du bruit dans la cage d'escalier. Quelqu'un monte les quatre étages un à un d'un pas lourd... Je me surprends à patienter, l'œil vissé au judas de ma porte d'entrée, jusqu'à découvrir l'identité du visiteur, telle une digne babouchka, me dis-je. Un long moment plus tard : ce n'est que papi Micha, mon voisin de palier. Me voilà presque aussi rassurée que déçue.

Journal de la quarantaine, 24 mars 2020, Jour 6 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 24 mars 2020, Jour 6.

Ma nièce Lisa étudie en Pologne. Le pays s'est mis en quarantaine et a fermé ses frontières. Récemment, Lisa a eu l'opportunité de rentrer au pays mais a décidé de rester là-bas ; pour deux raisons : elle a peur de ne pas pouvoir revenir à Varsovie ensuite et elle doute par ailleurs être en mesure de rester assise à la maison alors même que la quarantaine n'est pas décrétée dans sa patrie d'origine. Et puis, elle a peur de contaminer sa mère et sa grand-mère peut-être.

Je n'ai plus dix-huit ans comme Lisa, mais aujourd'hui le soleil brille tant et si bien que je n'ai pas le cœur au confinement - mon corps se réveille.

Journal de la quarantaine, 25 mars 2020, Jour 7 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 25 mars 2020, Jour 7.

Jour 7. J'ai réussi à tomber malade - ce n'est pas ce satané Covid-19. Grâce au Dieu de l'internet, je continue à suivre les cours d'Igor Moukhine en ligne, même malade, même confinée. 
Journal de la quarantaine, 26 mars 2020, Jour 8 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 26 mars 2020, Jour 8.

Mon humeur est un peu différente aujourd'hui. Le président Poutine a mis tout le monde en congés à compter de ce lundi et nous a ordonné de rester chez nous. Je sens que la situation ne va pas m'amuser longtemps...

Journal de la quarantaine, 27 mars 2020, Jour 9 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 27 mars 2020, Jour 9.

Vers 16 heures, je me suis risquée à l'extérieur de mon appartement, sur le palier du quatrième, et j'ai tenté d'ouvrir les fenêtres pour laisser entrer le soleil qui, au dehors, brille de plus belle. Tout cela n'est pas sérieux.
Journal de la quarantaine, 28 mars 2020, Jour 10 © Kseniya Yablonskaya

Journal de la quarantaine, 28 mars 2020, Jour 10.

Avec ma copine, nous nous sommes disputées aujourd'hui. Il s'agissait de répondre à la question suivante : deux amis peuvent-ils nous rendre visite à condition de prendre le taxi et de porter chacun un masque? Non seulement tout le monde fait la gueule, mais personne n'est venu. Et personne ne m'aime.

Kseniya Yablonskaya

Née en 1991, Kseniya Yablonskaya est diplomée en marketing de l'Université de management de Minsk (Biélorussie). Aujourd'hui reporter photographe, Kseniya s'est lancée dans la photo en débarquant à Moscou en auto-stop alors qu'elle a dix-huit ans. Depuis, elle travaille comme photographe indépendante en Russie et a rejoint l'équipe de La Dame de Pique au printemps 2015.

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